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Le visage reste. Le regard change.

À Abidjan et au-delà, photographier les scarifications, écouter les personnes.

Portrait photographié à Bassam en 2008, montrant des marques sur les joues. La personne n’est pas nommée dans la source.
Steve Evans · cadrage adapté · CC BY 2.0

Une marque peut accompagner un visage toute une vie. Autour d’elle, les lieux, les générations et les regards changent. La photographie rend cette présence visible ; la parole lui donne une histoire.

Bassam, Côte d’Ivoire, 5 janvier 2008. La source ne donne ni le nom de la personne ni son appartenance culturelle. Voir la source ↗

Le premier mouvement est souvent de regarder les marques. On suit les lignes sur les joues, on compare leur longueur, on cherche une explication. Puis le visage reprend toute la place : les yeux, l’expression, la façon de se tenir devant l’objectif. Quelqu’un nous regarde.

Une photographie peut susciter une curiosité immense. Elle peut aussi donner l’illusion que tout est visible. Pour raconter une personne, il faut prendre le temps de distinguer ce que l’image montre, ce que sa légende établit et ce que seule une conversation pourrait nous apprendre.

Ce que cette photographie nous donne

Le portrait qui ouvre ce récit a été réalisé par Steve Evans à Bassam, en Côte d’Ivoire, le 5 janvier 2008. Sa source permet de situer une rencontre photographique. Elle ne donne ni le nom de la personne ni son appartenance culturelle. Nous conservons cette limite dans la légende.

Les marques sont visibles. Leur histoire personnelle reste hors du cadre. Attribuer une identité culturelle à partir du seul dessin des joues reviendrait à transformer une supposition en biographie. La précision d’une légende compte : elle permet au lecteur de savoir où commence l’inconnu.

Prenez un instant pour regarder le portrait entier. Revenez au regard, à la lumière, à l’espace laissé autour du visage. Le détail qui attire l’œil fait partie d’une présence. Cette attention change la manière de partager l’image : on peut la transmettre avec sa date, son lieu et son auteur, en laissant à la personne ce que nous ignorons d’elle.

Repères documentaires [1]

À Abidjan, passer du portrait au récit

Avec la série Hââbré, Joana Choumali a photographié à Abidjan des personnes portant des scarifications faciales. Dans un entretien publié par Leica en 2015, elle explique avoir recueilli leur parole avant les prises de vue. Plusieurs venaient du Burkina Faso et vivaient depuis longtemps dans la ville. Elle rapporte aussi des expériences de moquerie et de mise à l’écart.

Son dispositif associait un portrait de face à une vue de dos, avec un cadrage et une lumière constants. Ce choix met en jeu ce que le visage révèle et ce que le regard projette sur lui. La démarche nous conduit vers des vies urbaines contemporaines, avec leurs souvenirs et leurs contradictions.

L’expérience rapportée par une personne mérite d’être entendue dans sa singularité. Pour l’une, une marque peut rappeler une appartenance ; pour une autre, le récit peut être difficile à formuler. Ces possibilités guident notre écoute. Elles ne permettent pas de prêter un sentiment aux personnes que nous n’avons pas interrogées.

Repères documentaires [2]

Passants et circulation devant le marché Forum d’Adjamé, à Abidjan, en 2024.
Adjamé, Abidjan, le 14 juin 2024. Le boulevard du marché Forum : un cadre urbain pour les vies et les regards qui se croisent dans la ville.Blessingedi76, 2024 · CC0 1.0

Regarder les marques. Rencontrer la personne. Laisser sa voix raconter la suite.

La même marque, plusieurs moments d’une vie

Comment une personne parlait-elle de ses marques enfant ? Comment en parle-t-elle aujourd’hui ? Un déplacement, une rencontre, une photographie peuvent-ils modifier ce qu’elle choisit d’en raconter ? Ces questions ouvrent une histoire dans le temps. Elles laissent à la personne la liberté de répondre, de nuancer, de garder une part pour elle.

Un portrait accompagné d’un prénom, d’un lieu et d’une parole consentie peut donner au lecteur de quoi s’attacher à une vie. Un détail isolé peut, lui, circuler très vite tout en perdant son contexte. Pour un festival consacré aux arts corporels, cette différence compte : l’attention portée aux œuvres se prolonge dans l’attention portée aux personnes.

Prolonger la rencontre

Devant un tatouage contemporain, nous demandons souvent qui l’a dessiné, pourquoi ce motif a été choisi et comment il a trouvé sa place. Cette curiosité peut enrichir notre façon d’aborder d’autres marques corporelles. Les histoires pourront parler de beauté, de famille, de choix ou de contraintes. Chaque récit précis nous éloigne des explications toutes faites.

C’est le fil que nous suivons ici : regarder une œuvre, connaître ses sources, faire place à la voix de la personne. Les photographies et les récits que l’on partage peuvent conserver cette profondeur. Une belle image donne envie de s’arrêter. Le temps passé avec son histoire permet de rencontrer quelqu’un.

Le récit en une minute

Que peut-on vraiment savoir en regardant un visage ?

Une photographie montre des marques. Le nom, le vécu et le sens qu’une personne leur donne demandent d’autres sources. À partir d’un portrait de Bassam et d’une démarche photographique menée à Abidjan, prenons le temps de regarder et d’écouter.

Pour aller plus loin

Sources & prolongements

  1. Portrait à Bassam, 5 janvier 2008

    Steve Evans · photographie et légende d’origine · CC BY 2.0.

  2. Joana Choumali: Hââbré, The Last Generation

    Entretien avec l’artiste · Leica, 4 février 2015 · démarche et témoignages recueillis à Abidjan.

Récit de la rédaction FITPAC 26, à partir des sources indiquées. Les interprétations sont distinguées des observations. Les personnes et institutions citées le sont à titre documentaire.